Le 2° Colloque International organisé sous l’initiative de l’Etat-major général des armées du Sénégal s’est tenu à Dakar, à l’hôtel Méridien Président, du 9 au 11 novembre 2011.
Sous le thème général «Forces de Défense et de Sécurité face aux menaces transfrontalieres en Afrique de l’Ouest », le colloque a notamment réuni les Chefs d’etat-major des armées du Benin, du Burkina Faso, du Cap-Vert, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, de la Guinée Bissau, de la Mauritanie, du Mali, du Togo, ainsi que des délégations provenant de la Commission paix et sécurité de la CEDEAO, du Centre d’Etudes Stratégiques de l’Afrique, de L’Alliance Internationale de Militaires soutenue par la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, de la Fondation Konrad Adenauer et du Centre de Politique de Sécurité de Genève. En outre, des personnalités de haut rang de l’Université de Dakar, de la société civile et du centre d’études diplomatiques et stratégiques de Dakar ont participé aux échanges d’une qualité extraordinaire.
Placé sous la présidence d’honneur du Chef de l’Etat sénégalais, le colloque a été ouvert par le Ministre d’Etat, Ministre des Forces Armées du Sénégal qui a rappelé toute la pertinence de la démarche visant à promouvoir un espace de dialogue permanent entre les forces de défense et de sécurité de la CEDEAO. Il s’est félicité de l’initiative et à encouragé les participants à faire preuve d’ouverture et de pragmatisme dans leur démarche.
Auparavant, le Président de la commission scientifique du colloque, a exposé à l’assistance les grandes thématiques qui structurent le colloque. Posant la problématique des frontières dans leur dimension géopolitique, il a abouti au constat que l’Etat-nation en Afrique est confronté à une crise multidimensionnelle, aggravée par la recrudescence de la criminalité transfrontalière. D’où l’impératif de transcender les frontières nationales, de sortir du cloisonnement, pour faire face aux défis énormes qui s’imposent. Il a défini les trois grands axes majeurs du colloque à savoir : D’abord un état des lieux des menaces transfrontalières pour circonscrire la géographie des divers périls qui ont pour noms trafic de drogue, circulation de armes légères, mauvaise gouvernance des mouvements de personnes, terrorisme, blanchiment d’argent etc…
Ensuite, l’examen des stratégies régionales de lutte contre la criminalité transfrontalière, pour évaluer l’arsenal juridique et les mécanismes élaborés par la CEDEAO dans le but de créer un environnement sécurisé en Afrique de l’Ouest.
Enfin, les réponses apportées par les FDS, à travers l’étude de cas d’une expérience nationale, celle du Sénégal, complétée par l’apport que les FDS doivent attendre de la coopération internationale, levier incontournable dans la lutte contre les menaces transfrontalières, mais aussi et surtout le vécu en la matière des FDS africaines présentes au colloque.
Il revenait au représentant du Commissaire en charge des Affaires politiques, de la Paix et de la Sécurité de la CEDEAO, de prononcer l’allocution d’ouverture consacrée aux « défis des menaces transfrontalières, face à la construction d’un espace de sécurité et de paix en Afrique de l’Ouest ». Après avoir chaleureusement salué l’initiative des organisateurs du colloque, il a rappelé le parcours parfois difficile de la CEDEAO, dans une Afrique de l’Ouest en proie à une série de conflits aussi violents les uns que les autres. Tirant les leçons des diverses études réalisées sur les conflits internes, et partant du constat du lien évident entre la sécurité et le développement, la CEDEAO à épousé l’idée de « Security First, Sécurité d’abord ».
Il a enfin réaffirmé la disponibilité de l’organisation sous régionale à jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre les menaces transfrontalières. Le premier sous thème consacré à la criminalité transfrontalière, a fait l’objet de deux séances plénières traitant respectivement de l’état des lieux des menaces transfrontalières et la montée du terrorisme en Afrique de l’Ouest.
Il ressort des principales interventions que les menaces transfrontalieres sont une réalité qui prennent leur essor dans la porosité des frontières, la fragilité des Etats africains, fragilité accentuée par les crises récurrentes, la faiblesse des appareils sécuritaires.
Le panel a mis en exergue la diversité et la gravité des menaces. Il a dressé les tendances lourdes de l’insécurité avec en pointe la montée du terrorisme lié au fondamentalisme religieux, l’absence de gouvernance de la gestion des flux humains, le blanchiment d’argent et ses impacts négatifs sur les économies nationales et enfin, le développement fulgurant du trafic de drogue, la piraterie, avant de proposer la mise en place de stratégies de lutte intégrées. Au sujet de la montée du terrorisme, le second panel a travers l’exemple de Boko HAram et de Alqaida au Maghreb a permis de mieux comprendre les facteurs macroéconomiques à la base de ce phénomène et qui sont entre autres, la pauvreté, la mal gouvernance, le désœuvrement de la jeunesse. Constatant que ce phénomène risque de s’internationaliser, le panel a appelé à la mise en place de solutions allant de la riposte pratique des FDS à une harmonisation et une régionalisation des réponses. A ce propos, ce panel a permis de voir que la réponse n’est pas seulement militaire, au contraire, elle a besoin de s’ouvrir à des formes étendues comme la mise en place de programmes de développement économique pour mettre en valeur ces vastes espaces abandonnées aux bandes armées.
La deuxième journée des travaux a traité des réponses institutionnelles et nationales face aux menaces transfrontalières. Il a circonscrit l’étendue des menaces dans l’espace communautaire, avant de rappeler les dispositifs et les mécanismes mis en place par la CEDEAO pour la lutte contre les menaces transfrontalières, notamment le Protocole de 1999. Passant en revue l’arsenal juridique et législatif de la CEDEAO consacré à la lutte contre les menaces transfrontalières, ce panel a dégagé la pertinence et la cohérence de ses textes tout en soulignant leurs insuffisances notamment au niveau de leur application et de leur harmonisation au sein des Etats.
A ce propos, même si la société civile est impliquée dans la promotion de la culture de paix dans l’espace CEDEAO, notamment au Sénégal et dans la sous-région, à travers différentes actions menées, son action mérite d’être amplifié par l’allocation supplémentaire de ressources et la nécessité pour les multiples organisations de la société civile de recentrer leurs actions pour plus d’efficacité.
En définitive, ce panel a permis de souligner que la dimension sécuritaire est totalement intégrée. La CEDEAO, à travers ses différents textes dédiés à la paix, est en passe de développer une véritable idéologie de la paix. L’implication active de la société civile africaine et l’installation de commissions nationales prouve qu’on assiste à une mutation du concept de paix, qui n’est plus seulement le silence des armes, mais aussi la promotion du développement socioéconomique.
Ce panel a permis de constater que malgré l’existence de législations collectives, les Etats ne manifestent pas beaucoup de volonté dans l’application du Protocole. Il a également recommandé d’élargir la réflexion dans une perspective comparative aux autres organisations régionales, voire internationales pour mieux asseoir la nécessaire articulation entre toutes les organisations, qui concourent toutes, en définitive à la paix dans le monde.
Abordant le chapitre des réponses apportées par les différentes forces de sécurité, le colloque s’est appuyé sur l’étude de cas des FDS sénégalaises (gendarmerie, police et douanes) pour passer en revue les différents mécanismes mis en œuvre pour lutter contre les menaces transfrontalières. Ces derniers s’appuient sur une coopération bilatérale et multilatérale et déploient des moyens de plus en plus sophistiqués (comme le recours aux NTIC) qui ont besoin cependant de trouver leurs répondants dans la région pour ajuster les instruments de lutte aux menaces transfrontalieres. Dans le même registre, un renforcement de la coopération et de la coordination entre FDS est souhaité pour développer la nécessaire interopérabilité des outils au plan national et régional.
Dans le même ordre d’idées, le colloque a consacré un panel à la dimension internationale de la lutte contre les menaces transfrontalieres par l’examen du rôle de l’ONU dans la croisade contre ces fléaux, celui de l’Union européenne. A travers l’exemple d’Africom, le panel a donné une idée précise des voies opérationnelles que pourraient revêtir l’implication de la communauté internationale. Les principes de cette coopération reposent naturellement sur le partenariat devant déboucher sur l’existence de passerelles permanentes entre les différents acteurs impliqués.
A ce titre, l’Afrique de l’Ouest peut compter sur l’apport financier de l’UE a condition de disposer de projets pertinents et bien articulés, ce qui est du domaine du possible au regard des efforts d’intégration réelle déjà enregistrés au sein de la CEDEAO. Elle peut également s’appuyer sur l’assistance d’Africom à travers les nombreux programmes développés, mais aussi les moyens humains et matériels déployés par Africom qui, dans la perspective clairement définie par le President Obama, œuvre pour une Afrique stable et sécurisée à tous points de vue.
Enfin, le dernier panel du colloque dédié au CEMGA a été l’occasion de partager les expériences et les attentes des pays de la CEDEAO présents à cette rencontre. Il ressort des différentes interventions que la lutte contre les menaces transfrontalieres nécessite la mobilisation de tous, sans exception. Stratégies concertées et permanence des échanges sont les seules armes à même de freiner l’expansion de ces fléaux et de soustraire l’Afrique de l’Ouest à un chaos dont elle se relèverait difficilement.
Au chapitre des recommandations, partant de la gravité des menaces et leur acuité, le colloque a noté qu’il n ya plus de temps pour l’inaction. Dans un élan solidaire, dépassant les égoïsmes nationaux, avec un sens du suivi et le pragmatisme attendu des hommes d’action que sont les FDS, les Etats de la CEDEAO devraient :
1/Instituer dans le plus bref délai une instance de veille et de prévention regroupant tous les pays. A ce sujet, la proposition d’inscrire cette question à la prochaine réunion des CEMGA de la CEDEAO, a été retenue.
2/Cette action devrait être précédée d’un renforcement de la coopération entre FDS à l’échelle nationale, qui est le premier maillon de la chaine dont la solidité conditionne la capacité de survie et de renforcement de l’attelage régional.
3/Amplifier la culture de paix au sein de la CEDEAO en encourageant l’émergence de sociétés civiles fortes et dynamiques capables d’harmoniser leurs actions dans les domaines de la lutte contre les armes légères, la drogue etc.
4/Engager les partenaires stratégiques par des projets harmonisés pour éviter une approche parcellaire et désarticulée.
5/Prendre en compte que les facteurs d’éclosion et de développement des menaces transfrontalières prennent leurs sources dans la mauvaise gouvernance et l’instabilité dans nos différents états. A ce titre, cette lutte est inséparable des efforts de la CEDAO de promouvoir un environnement propice à l’enracinement de la démocratie et au développement socioéconomique des populations.
D’où l’invitation faite à tous de travailler résolument à l’émergence de la CEDEAO des peuples à la place de la CEDEAO des Etats. Fait à Dakar, le 11 novembre 2011
